Synthèse des débats

1ère partie : 

Alain Marcom: Est-on dans la coopération ou dans l'opposition entre individuel et collectif ? Où se fait la culture ?Comment s'emparer de la culture? Il est intéressant que ce soit le collectif qui s'en empare. Un réseau ce n'est pas seulement des liens, c'est aussi de l'action. Le Réseau écobâtir est un réseau finalisé (et pas si flou (eh non !!)), les choses qui se passent en son sein sont très réelles, très précises (même s'il n'y paraît pas toujours de l'intérieur ou de l'extérieur). Le réseau me permet de conforter mes opinions personnelles ou professionnelles, c'est un exceptionnel moyen de rassurance grâce aux rencontres, à la réaction de culture commune, c'est un moyen de passer à l'action collectivement mais aussi individuellement chaque jour dans son travail.

Mathieu Agostini (parti de gauche, émanation du PS 2008, écologie radicale) : Les échanges d'info « froide » ou « grise » permettent de sortir des brevets et de la privatisation des connaissances. Ce qu'on développe par l'expérimentation développe l'information et la qualification de tous avant que les structures d'information officielles ne s'y mettent. Il est possible de mettre en commun les connaissances pour mettre en place des DTU, virer les lobby du BTP, et surtout travailler en réseau, pour mieux orienter les fonds territoriaux, les reporter sur l'économie locale, aider à structurer les filières... C'est un appel à démonter les freins aux développements d'activité.

Philippe Defaye : Les associations n'étaient pas prévues par la Révolution Française : le citoyen était en lien direct avec le pouvoir central. En cela, la Loi 1901 est une réelle nouveauté. Qu'est-ce devenu maintenant ? Les associations ont-elles un rôle de 3ème pouvoir, de courroie de transmission? A "écobâtir", se sent-on récupéré ou pas ? Quelle place pour "écobâtir" entre ces 3 alternatives ? Pour communiquer avec n'importe qui à n'importe quel endroit de la planète, la véritable révolution date du téléphone, avant Internet.

 

2eme partie : 

Vincent Rigassi : On se trouve face à la question de la confiance. Le réseau fait appel à la notion d'horizontalité. Quels sont les fils qui relient ces nœuds ? On a tendance à avoir une image idyllique du refus de toute contrainte, de ne pas rendre des comptes. Or l'acte fondateur d'"écobâtir" est le règlement, les chartes, les contraintes. On est obligé de s'astreindre à la transparence et à rendre des comptes. Est-ce qu'on n’est pas obligé d'être comptable pour être démocrate ?

Dominique Botte : Comment faire fonctionner des réseaux froids en y mettant du chaud, par exemple sur Internet ? On pourrait partir d'une définition trouvée sur Internet du réseau social. Le réseau social y est défini par la règle des 150 membres comme nombre maximum qui correspond à peu près à un village. Ce serait la limite humaine du réseau pour que tous les membres soient en lien émotionnel et qu'il y ait création d'une identité forte. La communauté d'identité est ce qui assure la transmission d'influence dans le réseau.

DB (suite) : Une autre idée trouvée sur Internet est celle du degré de séparation. Selon le principe que la longueur-chaîne des liens sociaux est généralement courte, 2 citoyens aux US sont liés au maximum par 6 connaissances et en tout temps. Il suffirait d'appartenir à un petit réseau avec des liens très forts et que chacun des membres soit par ailleurs en lien avec 6 autres personnes, qui elles-mêmes seraient en lien avec 6 autres, ainsi de suite. La force et le pouvoir sont immenses dans ce principe. Le réseau fonctionne grâce à ça, parce que chacun est une tête de réseau.

DB (suite) : Sur la radio, France Inter à 9h30, Pascale Clark anime une émission sur le sujet : communication de crise : si un scandale éclate dans une entreprise ou au gouvernement, on fait appel à des gens qui gèrent la crise, rapidement avant que l'information se propage. Pour qui travaillent-ils ? On n'en parle pas ouvertement (comme d'une femme avec qui on a eu une aventure peu avouable). Ce qui les fait travailler, ce sont les réseaux sociaux (facebook, twitter...), chaque info peut prendre une ampleur phénoménale en très peu de temps, ce qui les force à réagir rapidement pour endiguer la crise.

DB (suite) : Le 3ème pouvoir est normalement le pouvoir judiciaire, le 4ème, c'est la presse. Alors le réseau, c'est lequel ? Le 5ème ?

Mathieu Agostini : Quel positionnement ont Pierre Besse ou des AMAP vis-à-vis du Réseau Biocoop ? Est-ce complémentaire ou concurrent ? Il y a un vrai projet politique porté par le réseau Biocoop, c'est un réseau représentatif (vertical et horizontal, double forme quasi oblique, kamasutra politique ?).

Pierre Besse : On est devant un vide sidéral laissé par la destruction de toute forme de commerce de proximité. La niche du produit écologique a permis le développement de commerces de produits de proximité sous forme d'épicerie à l'origine, mais qui sont devenus des succursales de plate-forme de distribution au fil du temps. Il n'y a pas d'objectif entrepreneurial dans les AMAP. Je ne suis personnellement pas fournisseur de Biocoop, je n'ai pas de position de principe sur ce sujet.

Christophe Grand-Fils : Une question sur l'efficacité du réseau. Par exemple pour "écobâtir", est-ce suffisamment efficace ? Est-ce nécessaire d'être efficace ? N'est-ce pas opposable à convivial ?

Jean-François Robiou du Pont : Rappel sur les Rencontres nationales de l'habitat coopératif du 4 au 6 décembre à Nantes. Y a t-il un lien entre les Castors et les coopératives d'habitation ? Par le passé et dans le futur ??

Guy Ongaro (Association Castors): Dans les années 50 et 60 dans le Lyonnais, il se créait pratiquement une association Castor par lotissement. Quand le lotissement était fini, l'association disparaissait. Quand les promoteurs sont arrivés, il n'y a plus eu cette dimension d'association. Aujourd'hui, les Castors travaillent plus sur des projets individuels, mais pas collectifs. Habicoop réveille un peu cette idée. Les Castors y sont attentifs. Le principal problème est celui du foncier.

Marie-Colette Roux : à Lyon, il y a un Colloque d'Habitat et Humanisme, le 17 et 18 novembre, sur la thématique : « enjeu pour la ville durable, habitat partagé ».

Alain Marcom : Il manque dans la présentation de Marcel les définitions (d'Alain Rey) de besoin et d'expert. Le terme de réseau n'est pas forcément intéressant en soi (la mafia, l'église, l'état ou encore EDF sont aussi des réseaux, sic !). Le couple réseau – pouvoir est déterminant voir discriminant entre les différents réseaux avec qui on pourrait ou non avoir du lien.

Jeanne Marie Gentilleau : On peut faire le parallèle entre réseau et tribu au sens traditionnel du terme (réflexion d'après son expérience au Maroc). La Tribu, c'est l'organisation de base, surtout sur une base familiale et donc quelque chose de subi. Dans le réseau, le lien est choisi.

Dominique Botte : Un petit ajout, tout de même sur la notion de tribu, ce n'est pas la tribu qui sauve l'Amazonie car les tribus se font la guerre pour leur territoire. Les tribus ne s'unissent que pour se sauvegarder, que pour se protéger de l'inceste.

Delphine Soetart : l'individu décide d'être dans un réseau. Mais comment le réseau peut-il s'étendre à des gens qui ne se sentent pas concernés ?

Marcel Ruchon : Une des dernières remarques évoquait la logique de pouvoir. Or le pouvoir, c'est la coercition. Peut-être qu'avec le réseau on est plus dans la puissance ou l'attractivité au sens de la puissance d'exister. L'efficacité est en lien avec le social et le convivial. On parlait du réseau comme un outil social, efficace ET convivial. Les réseaux alternatifs s'interrogent et réfléchissent à une autre société que celle du pouvoir dominant.

Christophe Grandfils : comment rendre les réseaux plus efficaces ? Améliorer la communication dans/entre les réseaux ? Il y a un travail à faire sur la communication par exemple. S'intéresser à la communication non Violente (CNV) pourrait éviter des pertes d'énergie.

Dominique Botte : Un aspect n'a pas été abordé, celui de la dimension de transformation de soi. Un ouvrage sur les créatifs culturels était référencé dans les documents conseillés pour préparer cette journée (ouvrage d’Yves Michel sur les créatifs culturels), pourquoi cette proposition de lecture?

Marie-Hélène Allemann : En substance, le livre parle du fait que 25 % des personnes partageaient les valeurs de créatifs culturels. Si ces gens se réunissaient ils pourraient transformer la société. Les réseaux d'échange de savoir, inter-réseau, réseaux qui s'ouvrent vers les autres qui partagent leur richesse. La prise de conscience de cette puissance est nécessaire pour engager une action de transformation de soi et de la société.

Olivier David : Dans les lobbies des multinationales, il n'y a pas forcément de concertation, mais ils ont l'échelle (économique) pour intervenir sur le pouvoir politique.La représentation des citoyens dans les enjeux mondiaux a peu de pouvoir face aux lobbies multinationaux. Comment faire si on veut pouvoir compter au niveau national et quel mode de gouvernance on adopte ? Comment se fédérer, fédérer les réseaux, être force de propositions et surtout audible au niveau décisionnel.

Samuel Dugelay : Jusqu'à 150 membres, ça passe, après il n'y a plus de réseau chaud. L'important est la notion de culture commune. On peut passer par des règles pour ça, mais si on reste sur de l'humain, on peut se passer des règles et garder la culture commune. L'idée de fédération d'un réseau me gêne un peu. Grâce à Internet, on peut sortir de la dimension du village. Chacun a des identités propres. Une fédération repartirait sur nos défauts de gestion mondiale et étatique. 

 

 

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