La norme NF en Iso 14-044 relative aux ACV
Par Alain Marcom, Maçon de la scop InventerreCette norme internationale sert de cadre référent à la norme française NF P 01-010.
Les FDES (Fiches de Déclaration Environnementales et Sanitaires) des matériaux de construction doivent être conformes à la NF P 01-010. L' ISO 14044 est donc la grand mère des FDES. Dans la suite de ce texte, les écrits en italique sont du commentaire de l’auteur, le reste est le texte original de la norme.
I ) Exigences générales (Article 4.1)
Les études d'ACV doivent comprendre la définition des objectifs et du champ de l'étude, l'inventaire, l'évaluation de l'impact et l'interprétation des résultats. Les études d'ICV (Inventaire du cycle de vie, partie d'une ACV) , doivent comprendre la définition des objectifs et du champ de l'étude, l'inventaire et l'interprétation des résultats.
Où il apparaît une très nette exigence d'information sur le cadre dans lequel sont effectuées les ACV
II ) Schéma général d'une étude d'ICV (article 4.3)
III ) Frontières du système (Art 4.2.3.3)
La frontière du système détermine les processus élémentaires qui doivent figurer dans l'étude d'ACV. Le choix de la frontière doit être cohérent avec l'objectif de l'étude. Les critères utilisés dans l'établissement de la frontière du systèmes doivent identifiées et expliquées.
Des décisions doivent être prises concernant les processus élémentaires à inclure dans l'étude et le niveau de détail du traitement de ces processus élémentaires doit être étudié. La suppression d'étapes du cycle de vie, de processus, ou d'intrants ou d'extrants est permise uniquement si elle ne change pas significativement les conclusions générales de l'étude.
Toutes les décision visant à omettre des étapes du cycle de vie, des processus ou des entrants ou des sortants doivent être clairement mentionnées et les raisons et les implications de leur omission doivent être expliquées. Des décisions doivent également être prises concernant quels intrants et extrants doivent être inclus et le niveau de détail de l'ACV doit être clairement mentionné.
Où l'on voit que l'information brute n'est rien sans l'information sur son contexte.
IV ) Comparaison entre systèmes
Pour une étude comparative, l'équivalence des systèmes comparés doit être évaluée avant d'interpréter les résultats. Par conséquent, le champ de l'étude doit être défini de manière à ce que les systèmes puissent être comparés. Les systèmes doivent être comparés en utilisant la même unité fonctionnelle et des considérations méthodologiques équivalentes telles que la performance, la frontière du système, la qualité des données, les règles d'affectation, les modes de décisions sur l'évaluation des intrants et des extrants ainsi que l'évaluation de l'impact.
Toutes les différences relatives à ces paramètres entre les systèmes étudiés doivent être identifiées et consignées. Si l'étude est destinée à être utilisée pour une affirmation comparative qui doit être divulguée au public, les parties intéressées doivent conduire cette analyse sous forme d'une revue critique.
Il convient de réaliser une évaluation de l'impact du cycle de vie pour les études devant être utilisées dans des affirmations comparatives destinées à une divulgation au public.
Peut-on être plus clair sur l'importance stratégique de l'information contenue dans les ACV?
V ) Organigramme des informations d'une ACV. (Article 4.5.1.1)
VI ) Communication (Article 5.1.1)
Les résultats et conclusions de l'ACV doivent être communiqués de manière complète et précise au public concerné sans parti pris. Les résultats, données, méthodes, hypothèses, et limitations doivent être transparents et présentés de manière suffisamment détaillée pour permettre au lecteur de comprendre les complexités et les compromis inhérents à l'ACV.
Le rapport doit également permettre d'utiliser les résultats et l'interprétation de manière cohérente avec les objectifs de l'étude.
Quelqu'un-e peut-il ou elle faire état d'une expérience personnelle dans laquelle des informations sur le cadre d'une FDES lui auraient été transmises?
VII ) Quel est donc le problème?
* Tout d'abord, il y a que les matériaux de construction, n'ayant pas de process industriel fixé dans une usine (la terre du chantier, le bois brut, la paille, etc..;) n'ont pas de sponsor pour s'offrir des FDES.
Même d'un point de vue culturel, il apparaît que les seules FDES possibles sont celles de filières industrielles. Les pratiques artisanales ne semblent pas avoir voix au chapitre, alors que rien ne l’indique dans le texte de l’ISO.
* Il y a qu'ensuite, quand on veut obtenir des informations sur le cadre de telle ou telle étude de FDES, on a beaucoup de difficultés. * Il y a surtout que les FDES françaises fournissent des résultats sur certains matériaux qui sont très éloignés des résultats des ACV de bases de données étrangères.
Et que lorsque l'on tente de comprendre d'où vient cette différence, on se heurte à un mur du silence. (voir exemple ci-dessous)
* Il y a aussi que les FDES additionnent dans la rubrique «énergie primaire totale», les «énergie matière» et «énergie procédé». Et pour le bois, cela pose un problème puisqu’au augmente considérablement le montant de l’énergie primaire totale incorporée...avec l’énergie solaire convertie en bois par la photosynthèse.
Ce qui produit plus de confusion que de discernement. Sauf si l'on considère que la fatalité du bois dans la construction est d'être incendié un jour.
* Il y a enfin que dans les FDES les choix de filières de «fin de vie» sont obscurs: la mise systématique en décharge fait apparaître pour les matériaux d'origine minérale un bilan moins mauvais que pour un matériau d'origine végétale, alors que le centre d'enfouissement en lui-même ou l'incinération ont de très forts impacts écologiques, qu'il convient plutôt de les abandonner et de regarder du côté du réemploi, secteur où les matériaux d'origine végétale sont plus pertinents (il est beaucoup plus facile de réemployer une poutre bois qu'une poutre béton).
L'enjeu de l'émission de CO2 est considérablement diminué par ce choix de la généralisation de la mise en décharge.
VIII ) Exemple de divergence de résultats
IX ) Définitions (article 3.14 et 3.26)
Energie matière : Chaleur de combustion des matières premières qui ne sont pas utilisés comme source d'énergie, exprimée en termes de pouvoir calorifique supérieur ou de pouvoir calorifique inférieur.
Energie procédé : apport d'énergie nécessaire dans un process élémentaire pour mettre en oeuvre le processus ou faire fonctionner l'équipement correspondant, à l'exclusion des entrants énergétiques de production ou de livraison de cette énergie. Si l'on comprend bien que les pétroliers veuillent faire apparaître dans les ACV des assiettes à picnic en plastic, une partie du pouvoir de combustion du pétrole qui n'a pas été utilisé, on ne voit pas pourquoi l'énergie matière d'une poutre en vrai bois d'arbre doive figurer dans le montant de l'énergie primaire totale.
X ) Conclusions
L'iso 14044 est avant tout un outil de gestion qui doit permettre d'améliorer les process de fabrication, mais la déclinaison française de l'ISO en NF P 01-010 destinée à la communication des matériaux de construction a dévié la sincérité inhérente aux ACV.
Nous pouvons constater au moins 3 déviances:
* La transparence de l'ISO s'est évaporée dans la NF P. Nous pouvons l'exiger.
* La question de la production de déchets reste négligée: réemployer, recycler doit être un objectif impérieux. Les autres fins de vie ne sont acceptables que très provisoirement
* Sous prétexte d'énergie matière disponible dans le bois, le montant «énergie primaire totale» est désobligeant pour les matériaux végétaux. Leur mise en décharge systématique leur fait perdre leur attrait en terme frein au changement climatique.
Il convient de rendre visible le caractère politique (politique = gestion de la cité) des ACV: elles doivent être un outil de gestion, quasi de comptabilité, qui permet à une société entière de réorienter ses activités, dont le bâtiment, vers un moindre épuisement des ressources et une moindre production de déchets.
Cet objectif en fait un outil stratégique au service d'un projet d'un avenir plus respectueux de l'environnement. Pas un caddie dans lequel tout, n'importe quoi, son contraire et un peu du reste seraient confusément mêlés.
On peut ajouter enfin qu'il n'y a aucun indicateur social. Or, un retour vers plus d'équité entre les humains ne saurait être «accessoire». Si ce ne sont pas les FDES qui s'en occupent, quel format d'indicateurs va le faire ?