Rapport Écomatériaux
par Cyrielle Den Hartig, Les Amis de la Terre
À propos des ACV :
Ce sont les produits non industrialisables qui ont le plus souvent le meilleur bilan environnemental. C'est donc sur eux qu’il faut porter l’effort pour faire apparaître ce bon bilan sous forme d’ACV.
Parallèlement, il est important d’insister pour que les ACV de référence soient complètes et non partielles comme c'est le cas des FDES.
Parallèlement, il est important d’insister pour que les ACV de référence soient complètes et non partielles comme c'est le cas des FDES.
Un des indicateurs les plus « politiques » des ACV est l'énergie grise ou énergie incorporée. En effet, la lutte nationale contre les changements climatiques, et la priorité affichée par le gouvernement sur l'indépendance énergétique nous donne une porte d'entrée pour mettre en priorité l'énergie grise. C'est notamment ce qui est fait en ce moment lors d'auditions au Sénat et à l'Assemblée Nationale lors desquelles est proposée l’introduction du terme « énergie incorporée » afin que ce texte existe juridiquement.
Nota sur la loi Grenelle 2 : Vous trouverez en pièce jointe les amendements présentés par Les Amis de la Terre lors des auditions au Sénat.
Bien que les études soient encore faibles, les recherches se multiplient. A titre d'exemple, je trouve symptomatique le fait qu'un labo de recherche des Mines Paris Tech s'y intéresse de plus en plus (les ACV bâtiments, les ACV quartiers, et notamment sur les aspects « intensité sociale »).
Quelques questions ouvertes :
- Les ACV ne seront jamais développés de façon complète par les industriels car ce serait en leur défaveur (leur énergie grise et bilan carbone sont rarement bons).
Les filières des écomatériaux doivent donc travailler pour que les ACV deviennent aussi importants que la performance énergétique (notamment l’énergie grise et le bilan carbone) et conditionnent les aides publiques à la rénovation et à la construction des logements (crédits d'impôts, éco-PTZ).
- Dans le contexte de la crise écologique actuelle :
parallèlement au lobbying des Amis de la Terre au Parlement, il faudra être vigilant car, devant l'avancée des ACV, les industriels vont tout faire pour qu'ils deviennent à leur avantage (on peut leur faire confiance !). C'est notamment ce qui s'est passé en France lors du passage de la Iso 14044 aux FDES (ces dernières favorisant mieux les produits industriels français que la première).
Présentation du rapport
1. Les enjeux de la rénovation thermique
Facteur 4 d'ici 2050 (loi POPE)
- 400 000 rénovations par an à 80 kWh/m²/an
- Attention particulière :
- Précarité énergétique
- Copropriétés
- relation locataire/propriétaire
2. Pourquoi cette étude ?
- Gros besoins de matériaux isolants
- Présents sur le marché : laines minérales et polyesters
- Eco-matériaux = 2% du marché des isolants, mais hausse actuelle
- Questions :
- En quoi les éco-matériaux constituent une solution face aux crises sociales et environnementales actuelles ?
- Selon quelles modalités leur développement n'aura pas d'impacts écologiques négatifs ?
3. Définition des écomatériaux
1 / « Mise en oeuvre » : l’éco-matériau doit avoir des qualités techniques, être apte à l’emploi et correctement mis en œuvre pour assurer la durabilité de ses performances dans le temps.
2 / « Santé et confort » : l’éco-matériau ne doit pas être nuisible à la santé de l’occupant ou de l’artisan ; il doit assurer le confort de l’habitant.
3 / « Environnement » : le matériau doit nécessiter un minimum d'énergie sur l'ensemble de son cycle de vie et permettre des économies d’énergie pendant la durée de vie du bâtiment grâce à son pouvoir d’isolation. Ses matières premières sont issues de ressources renouvelables.
4 / « Développement local équitable » : l’éco-matériau mobilise des ressources locales et créé de l’emploi dans le cadre.
4. Les freins :
- Les prix, l'accès à l'information, à la matière et au savoir-faire
- Le verrouillage du système qualité : évaluation du produit et assurance
- La faible organisation de la filière des éco-matériaux
- Le manque de formation professionnelle
5. Les leviers:
- Meilleure représentation des professionnels des éco-matériaux :
- Renforcements des organisations professionnelles (ex: R?SEAU écobâtir, Construire en Paille)
- Représentation au sein du CSTB, de la C2P, dans les processus législatifs, …
- Structuration territorialisée :
- organisation locale des filières (SPL, ...)
- soutien des institutions publiques locales (chambre des métiers, collectivités territoriales, ...)
- Des écomatériaux accessibles pour tous
- Crédibiliser les éco-matériaux (rénovations exemplaires, information indépendante et fiable)
- développer et améliorer les formations professionnelles
- Une base nationale de données neutre et impartiale
- Aides publiques pour l'équité de l'accessibilité aux éco-matériaux
6. Propositions:
Proposition n°1 :
Les Amis de la Terre appellent les pouvoirs publics à créer un groupe de travail pluridisciplinaire pour établir des critères de définition des éco-matériaux et promouvoir un étiquetage des matériaux.
Proposition n°2 :
Les Amis de la Terre appellent les pouvoirs publics à financer une étude indépendante et exhaustive sur les disponibilités en terres arables françaises et en ressources nécessaires à la production
d'éco-matériaux, d'une part, et sur les volumes d’éco-matériaux nécessaires pour la rénovation thermique du parc de logements existants d'autre part.
Proposition n°3 :
Les industriels qui se lancent dans la production d'éco-matériaux devront respecter les critères de définition des éco-matériaux. La réduction de l'impact environnemental et social de leur mode de production sera essentielle pour qu'ils puissent prétendre à une appellation « éco-matériaux ».
Proposition n°4 :
Les Amis de la Terre proposent aux professionnels des éco-matériaux de se regrouper en organisations professionnelles pour agir collectivement et assurer leur représentation auprès du CSTB, de la C2P et au sein de l'ensemble des instances de décision concernant les matériaux
Proposition n°5 :
Les Amis de la Terre demandent au CSTB, pour remplir sa mission de service public, d'améliorer son accessibilité et sa lisibilité par les professionnels du bâtiment, en particulier les PME-TPE. Le CSTB devra aussi proposer des offres d'évaluation adaptées (sous forme d'Avis Technique ou d'Appréciation Expérimentale) et accessibles à toutes les entreprises quelles que soient leur taille et leurs capacités de financement.
Proposition n°6 :
Il est nécessaire d'intégrer des représentants des professionnels des éco-matériaux au sein de la C2P. Il est également nécessaire que les assureurs se fient à une base de données indépendante (voir proposition n°11) et facilitent la reconnaissance des techniques mobilisant les écomatériaux.
Proposition n°7 :
Les Amis de la Terre appellent les collectivités locales à jouer un rôle prépondérant dans l'appuie aux dynamiques économiques locales de développement des écomatériaux. Ainsi, les collectivités locales peuvent offrir des services à titre gratuit comme la mise en réseaux, l'animation de groupes de travail, la mise en commun d'un centre de ressources, la formation, etc. et offrir un service de crédit pour pré-financer
les évaluations auprès du CSTB ou des chantiers expérimentaux.
Proposition n°8 :
Les Amis de la Terre demandent aux collectivités locales d'inclure dans le cahier des charges des appels d'offre de leurs projets de bâtiments publics le recours aux écomatériaux. En l'absence de
définition juridique, le recours aux écomatériaux peut se faire en incluant des exigences liées à la provenance des matériaux, à une classification ACERMI (2), à l'origine des ressources ou encore en privilégiant les PMETPE.
Proposition n°9 :
Les Amis de la Terre demandent à l'ADEME de développer la formation des Conseillers Info Énergie sur les écomatériaux et la construction/rénovation écologique en s'appuyant sur des sources d'information indépendantes, de produire des outils de communication adaptés sur les écomatériaux et d'en favoriser la diffusion via les Espaces Info Énergie.
Proposition n°10 :
Les Amis de la Terre demandent aux organismes de formation, aux fédérations du bâtiment et aux Régions d'initier et de soutenir le développement de formations initiales et continues en écoconstruction/ rénovation et à l'utilisation des écomatériaux. L'État devra également soutenir fortement ce développement
Proposition n°11 :
Les Amis de la Terre demandent aux pouvoirs publics de fournir une base de données complète, neutre et objective sur les impacts environnementaux des matériaux. Cette base de données devra être accessible à tous, avec différents degrés de lecture. Les Amis de la Terre appellent également l'Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur à évaluer l'ensemble des écomatériaux disponibles sur le marché, mêmes ceux non référencés dans la basede données INIES.
Proposition n°12 :
Les Amis de la Terre encouragent l'État et les collectivités locales à inclure dans les aides à l'amélioration de l'habitat des critères liés aux matériaux mis en oeuvre, qui soient favorables aux écomatériaux.
CONCLUSION
La croissance actuelle de la demande pour les écomatériaux participera à leur démocratisation.
Cependant, les filières peinent à se structurer et les freins au développement de ces écomatériaux sont nombreux ( système qualité principalement).
Il est indispensable d'ouvrir le système qualité dans la construction pour permettre aux écomatériaux de faire leurs preuves, d'une part, et d'améliorer la communication sur les écomatériaux afin de combattre les idées fausses, d'autre part.
De plus, les données indépendantes et complètes font défaut, notamment sur la qualité de l'air intérieur, la disponibilité de la ressource et de l'énergie incorporée. La mobilisation de la recherche publique sur ces différents aspects est indispensable.
Vous trouverez le rapport lui-même ainsi que sa synthèse en cliquant sur le lien ci-dessous :