Écoconstruire la ville ? Écoconstruire la banlieue ?
par Rémi BeauvisageHabitant à Paris et travaillant en Seine Saint Denis il m’est apparu difficile de penser les deux territoires, partie de l’agglomération parisienne, comme relevant d’une même problématique.
Le parti pris est donc de faire émerger dans la complexité du territoire de Plaine Commune quelques axes forts (histoire, culture, urbanisme, données sociales des personnes vivant sur ce territoire, des représentations imposées et véhiculées etc. et des réflexions du groupe de travail du Conseil de Développement sur l’éco développement ) pour tenter d’approcher une territorialité sans laquelle « éco construire la ville » n’aurait de sens.
Face à l’agrégation volontaire de la territorialité bourgeoise du cœur de ville de Paris, (regroupement spatial volontaire, possédant des caractéristiques immobilières qui lui confère une certaine homogénéité) nous trouvons une territorialité ségrégative pour cette banlieue du NE parisien.
Origine du mot Banlieue (XII ème siècle): territoire situé hors des murs d’une ville et sur lequel s’étendait la juridiction de cette ville; il est généralement d’une lieue environ.
La dimension juridique a été remplacée par la dimension sociale, résultat d’une double évolution
en relation avec l’essor de la grande industrie au XIXème
Des formes résidentielles spécifiques
Un regard sur Plaine Commune Communauté d’agglomération du NE parisien composé de 8 villes : Saint Denis, Aubervilliers, Stains, Pierrefitte, Epinay sur seine, L’Ile Saint Denis, La Courneuve et Villetaneuse.?
Historiquement marqué depuis le milieu du XIX ème par :
- Un développement industriel de la fin du XIXème et jusque dans les années 1975 de l’industrie sidérurgique
- Une histoire liée aux mouvements migratoires
- Une présence importante de bidonvilles jusqu’à la fin des années 60
- Un Développement résidentiel en immeuble ouvrier à proximité des centres industriels
- Des grands ensembles de plus de 3500 logements (l’erreur stratégique des grands ensembles résultant d’un choix de nature idéologique)
- Des Lotissements pavillonnaires ouvriers pour certains construit en auto construction
- Une culture ouvrière animée par le PC et le syndicalisme
PRINCIPALES CARACTERISTIQUES DU TERRITOIRE
338 000 habitants
Caractéristiques humaines
Fortes représentations des jeunes : 15%
Faible niveau de formation : 50% niveau infra V (CAP)
Taux de chômage de 17% à 25% selon les quartiers dont 46% sont des femmes, 15% ont moins de 25 ans
+ de 15 000 bénéficiaires du RMI
25% d’origine étrangère
Une richesse de 90 nationalités
Caractéristiques concernant l’habitat
10 000 demandeurs de logements en attente
La pénurie de logement provoque une augmentation de l’habitat indigne
Grande précarité financière des habitants des quartiers d’habitat social ou de logements indignes
Les plus pauvres dépensent le plus dans la consommation d’énergie coûteuse
La qualité du cadre de vie est grandement détériorée
Les foyers de travailleurs migrants sont dans un état de grande insalubrité.
Peu ou pas de concertation avec les habitants sur les projets urbains
Emploi des jeunes : comment réconcilier les jeunes issus des quartiers d’habitat social avec les métiers du bâtiment?
ECO CONSTRUIRE LA VILLE ??
DES INTERACTIONS A CONSTRUIRE!
1.Un contexte de grands ensembles particulièrement éloignés des normes Qualités et habités par des populations qui subissent de plein fouet l’inégalité écologique, et la dégradation de leur milieu de vie. Dans ces conditions comment le développement soutenable compris comme un processus de développement pouvant concilier l’écologie, l’économie et le social peut-il prendre forme?
2.En quoi le développement soutenable peut-il favoriser la réduction des inégalités sociales et territoriales et constituer un levier au service d’un projet de développement à l’échelle de la communauté d’agglomération?
3.Comment les démarches de développement soutenable peuvent-elles s’articuler et contribuer à la réalisation d’enjeux partagés ?
ECO CONSTRUIRE LA BANLIEUE, DES ENJEUX A PARTAGER…
Fort de ces questions le groupe emploi du Conseil de développement de Plaine Commune s’est auto saisi de cette problématique et a émis un 1er avis sur : « quel développement pour ce territoire pouvant favoriser l’emploi», en retenant plusieurs filières compatibles, et en donnant un second avis sur l’une des filières retenues « l’éco développement »
Auto Saisine du Conseil de développement
Suite à la contribution sur le développement local intégré, les nouvelles filières d’emploi et de formation et la lutte contre les discriminations, le groupe emploi du Conseil de développement a estimé que l’éco développement pouvait constituer un enjeu majeur de créations d’emplois sur le territoire.
REFLEXIONS ET PROPOSITIONS SOUMISES AUX ELUS :
Pour développer l’éco construction
Favoriser une dynamique d’emplois par l’implantation d’une filière de concepteurs, de fabricants, de distributeurs et d’entrepreneurs.
Développer la dimension économique du Plan Communautaire pour l’Environnement en intégrant la dynamique de la filière de l’éco construction
Intégrer les éco matériaux et des normes écologiques rigoureuses dans les réhabilitations liées aux chantiers de rénovation urbaine
Réduire les charges énergétiques, favoriser les systèmes de récupération de l’eau et privilégier les modes passifs de chauffage et de rafraîchissement dans les nouvelles constructions et notamment dans le cadre des chantiers de rénovation urbaine
Encourager les énergies renouvelables ou propres (solaire, bois etc.) et l’utilisation de réseaux collectifs de chauffage liés à la géothermie.
Concerter et associer les habitants à la rénovation urbaine, pour la requalification des espaces, et la réhabilitation de l’habitat
Généraliser les expériences de construction Haute Qualité Soutenable à d’autres programmes de constructions individuelles ou collectives y compris le siège de Plaine Commune
Intégrer l’éco construction aux chantiers de rénovation dans l’habitat insalubre et ouvrir les pistes des chantiers d’auto réhabilitation
Encourager la dynamique d’éco construction et la création d’une filière locale, avec les outils de l’urbanisme et des permis de construire
Pour développer la récupération, le traitement et le recyclage des déchets – le traitement et la gestion de l’eau
Généraliser le tri sélectif à l’ensemble du territoire et notamment aux grands ensembles,
Encourager la diminution de la quantité de déchets et leur nocivité,
Faciliter la création d’entreprises de ramassage des déchets, pour développer la récupération,
Soutenir le développement de l’ensemble de la filière : ramassage, tri, traitement, recyclage ou réutilisation.
Intervenir dans le secteur de la gestion, de la récupération et du traitement des eaux en allant jusqu’à la reprise de sa gestion
Pour développer l’économie d’énergie et les énergies renouvelables
Mobiliser les habitants (enfants et adultes) à la gestion économe d’eau et d’énergie
Se doter d’une Agence Locale de Énergie (ALE) ayant pour mission la sensibilisation et conseil
Créer une dynamique de travail entre la recherche, la formation et la production sur le modèle des technopoles
Instaurer l’éducation des adultes à la gestion économe d’eau et de l’énergie
Pour développer les entreprises avec une activité dans l’éco industrie ou l’éco service
Trouver la place des petites entreprises en partenariat avec la MIEL (Maison des Initiatives locales) dans le projet de technopole dédiée aux éco industries de la zone d’activités Jean Mermoz
Ne pas limiter les projets d’éco industrie au seul sujet des déchets
Proposer une charte d’engagement sur la qualité environnementale à l’ensemble des entreprises de Plaine Commune
Intégrer le critère de développement soutenable dans les critères d’attribution des marchés publics
S’engager pour l’exonération de la taxe professionnelle des TPE qui s’engageraient activement et régulièrement dans une démarche de développement durable
Pour développer le maraîchage biologique
Développer les liens entre cette activité et la restauration collective locale, en particulier scolaire
Développer les actions pionnières dans ce domaine au territoire, notamment aux espaces verts
Maintenir les surfaces pour les jardins ouvriers
Eco construire la ville, la banlieue, n’est certes pas simple, et nécessite une politique volontariste de la part des élus, et des citoyens habitants et travaillants sur le territoire.
Il s’agit de trouver des moyens originaux afin de créer sur les territoires un mouvement exemplaire en éco-développement qui contribuent et associent à la fois à la population, aux entreprises, à l’administration et aux associations, qui permettent aux habitants de travailler sur leur territoire.
L’originalité – et en même temps la difficulté – est d’y associer une population qui n’a pas forcément la motivation ou les moyens pour y participer.
Les éco quartiers tenant compte de la mixité sociale, d’un bon rapport entre surfaces d’activités, de commerces et d’habitats sont un bon début de réponse aux quartiers à construire, afin de donner aux habitants un cadre de vie durable et agréable. Néanmoins, ces éco quartiers doivent être accessibles à toute la population. Il est primordial de passer des éco quartiers aux éco villes dans la manière dont elles sont conçues, aménagées, développées et gérées et donc de ne pas oublier de requalifier les quartiers existants dans lesquels se développe une grande inégalité écologique..
Rémy Beauvisage
Source : document élaboré par le groupe emploi (auquel je participe) du Conseil de Développement.