Le Chênelet
Présentation par François Marty, président du Chênelet
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Rapprocher l’économie des hommes et des territoires…
Le développement des sociétés humaines est maintenant de façon majeure confrontée aux risques climatiques, à la pénurie des ressources et aux déséquilibres des milieux et tout cela semble indiscutablement lié aux excès de certains modes de vie. Au sein de cette affaire finalement assez nouvelle, de nombreuses théories sont exposées, parfois avec plus de conviction, assénées comme vérités, que ne peuvent être établies leur certitude.
La population mondiale augmentera encore de manière sensible dans les 30 à 40 prochaines années avant de se stabiliser selon toute probabilité et renforcera au passage l’urbanisation mondiale. Depuis l’année dernière en effet, plus de 50 % de l’Humanité vit en ville.
Les urbanistes observent que la ville « croit par échecs ». Ce n’est qu’ensuite qu’elle organise ses flux. D’abord les flux payants (eau, électricité) ; ensuite les plus coûteux (égouts, poubelles). Ce n’est qu’après que l’on régule.
Les sociologues démontrent que les autres services (école, police…) arrivent après la bataille. Cette course en décalé crée une grande situation de fragilité, qui permet le développement, dans des pans entiers de la cité, d’une économie souterraine paradoxalement très voyante, de trafics, de communautarismes dans le meilleur des cas et d’intégrismes dans les moins bons.
Cette analyse doit être graduée selon le pays, les institutions en présence, le niveau de richesse, mais le canevas est grosso modo celui-là.
Le problème n’est pas nouveau ; notre civilisation a été créée et diffusée par les grandes cités de l’antiquité : Babylone, Alexandrie, Athènes, Rome… Les écrits antiques parlent tous de la plèbe de ces émigrés, des réfugiés de la famine des campagnes, comme pour Lutèce puis Paris… jusqu’à l’exode actuel des mégapoles d’Amérique latine ou de Chine. Dans le même temps ces villes font l’art, la culture, la politique et l’organisation de la cité et sont les endroits du savoir.
Face à l’importance poussée de certains phénomènes, les milieux les plus éclairés ont proposé avant l’heure de « penser globalement pour agir localement ».
L’approche du réseau Chênelet Construction , bien qu’en évidente proximité avec ce courant de pensée qui s’impose à la communauté mondiale, est quelque peu différente et pourrait se résumer, d’une certaine manière à « penser local et agir global ». Notre expérience relève en effet d’une approche plus volontiers incrémentale. En partant du besoin des personnes en difficultés sociales de notre région – besoin de travail, mais aussi de logement ou de nouveaux horizons alimentaires – nous sommes arrivés à considérer que l’écologie n’était pas une contrainte mais une solution, non plus de survie dans des conditions dignes, mais de mieux être pour les populations qui nous intéressent.
Notre originalité a ensuite consisté à associer le besoin de travail, le besoin de logement, les besoins vivriers et la nécessité d’écologie ensemble au sein d’un même projet économique et social, qui n’a pas été sans questionner les normes, les schémas et les mécanismes de mise en doute de bon nombre d’administrations. Il nous a fallu les combattre et élargir les cadres et ceci a constitué à notre niveau les premiers éléments d’un « agir global ».
Nous pouvons enfin prétendre que la massification de la ville, malgré son actuelle fatalité économique n’est pas une fatalité historique. Ces solutions et approches dont nous parlons sont adaptées à un développement du péri-urbain comme du rural, pour autant qu’une économie permette une vie respectueuse des personnes au sein de ces territoires. Rappelons qu’en l’espèce, il n’y a pas d’enthousiasme, ni aux migrations, ni à l’immigration, mais la fuite, bien souvent, de ce que le territoire d’origine ne permet pas ou plus de vivre.
À l’évidence, il n’y pas de modèle technique universel. Nous n’aurons donc rien ou si peu à nous transmettre en matière de mode constructif mais tant à échanger, à partager, à mutualiser en matière d’organisation, de méthode, de gouvernance... C’est à de nouveaux territoires de coopération et d’entraide mutuelle que nous sommes appelés…
De nouvelles coopérations pour « agir global »
Dans bon nombre de ces régions, nous pouvons compter sur la connaissance « vernaculaire» de l’habitat, notamment à partir des matériaux locaux naturels. Ce savoir faire reste dans l’ensemble dégagé d’un carcan réglementaire dont nous sommes aujourd’hui tributaires dans notre pays. Acquis d’après-guerre, nous savons d’expérience que ce cadre normé s’avère maintenant piégeux et peu propice à libérer des idées neuves profitables aux générations présentes, qui doivent faire face à des nouvelles problématiques aujourd’hui.
De notre côté, nous avons développé une culture humaniste et intellectuelle favorable à l’expression d’une pratique sociétale coopérative, mutualiste et associative dont nous mesurons aujourd’hui toute la richesse pour l’équité et la cohésion sociale. Cette richesse peut être communiquée à d’autres territoires.
Comment et avec qui développer ?
Nous nous adressons en premier lieu aux acteurs dont l’activité principale est la construction d’utilité sociale. En effet ce sens de l’intérêt général est un « moteur » d’innovation très spécifique, en aucune façon une fuite de l’efficacité économique ni technique, mais plutôt une lecture éclairée de l’efficacité. C’est aussi la meilleure façon de ne pas s’égarer dans ce débat doublement piégé de la croissance ou de la décroissance : bien sûr qu’il faut plus d’activités, les besoins des humains augmentent en quantité, mais en qualité ceux-ci sont infinis ! Il faut donc plus d’activités mais bien choisir lesquelles.
La construction n’est pas seulement une affaire de quatre murs mais d’aide à la possibilité de vie des gens qui l’habitent pour que leur mode de vie, leurs liens sociaux, et de solidarité puissent être pris en compte. Nous aurons également à considérer le choix des lieux par rapport à l’activité, la densification, les flux et les besoins de proximité et dans les milieux populaires, de façon plus criante qu’ailleurs, le besoin de petites cultures vivrières.
On objectera que tout le monde peut construire un logement très social, que c’est d’ailleurs le cas actuellement et que nous n’apportons rien de nouveau. C’est vrai, sauf que le but normal d’une entreprise n’est pas l’action sociétale, et même quand elle lui est en partie déléguée, elle consent au sociétal pour servir sa propre finalité. Une façon simple de mesurer cela est le choix de l’affectation du foncier : affectera-t -elle prioritairement un foncier bien situé mais cher à l’utilité sociale ou à une opération plus rentable et plus habituelle? En tout cas, dès que la question se pose, la réponse dérive dans le temps. Nous avons du mettre en place dans nos opérations des vraies garanties pour que nos « excellents logements sociaux écolos » restent sociaux. En cas de doute regardons, qui habite maintenant en nord Europe dans ce qui était à l’origine des éco-quartiers sociaux!
Cela nous amène au deuxième point, la gouvernance. Ce mot lâché doit être abordé frontalement : il n’y a pas d’un coté les méchants efficaces du marché et de l’autre les purs inefficaces. Il y a seulement les bons managers et les moins bons, la frontière est autre part, comme pour les entreprises du paragraphe précédent, au niveau de la finalité : servir cela ou s’en servir?
Nous pensons depuis longtemps qu’il manquait à l’entreprise, et à l’économie (et c’est pour partie une des raisons de la méfiance à son endroit) le droit d’entreprendre pour les finalités que l’on s’était choisi, à pouvoir entreprendre pour autre chose que la construction d’un patrimoine ou de réussite personnels. Aussi avons-nous été impliqués dans les principaux textes de loi sur les entreprises solidaires.
C’est là toute la noblesse de l’entrepreneur, cela réconcilie avec la pensée et avec l’intérêt général et de ce point de vue, avec notre culture associative, coopérative et mutualiste. C’est le modèle que nous voulons partager avec les partenaires que nous voulons avoir.
Ensuite il devient évident que ces logements seront faits avec et pour des personnes qui manquent le plus de ce type de logements. Toute l’intelligence de la démarche sera de monter des « structures apprenantes » à la fois en termes de relations humaines non aidants-aidés mais solidaires, autrement dit, faisant ensemble.
Site web : http://www.chenelet.org/
1005_marty_chenelet.pdf
Rapprocher l’économie des hommes et des territoires…
et non plus l’inverse !
Le développement des sociétés humaines est maintenant de façon majeure confrontée aux risques climatiques, à la pénurie des ressources et aux déséquilibres des milieux et tout cela semble indiscutablement lié aux excès de certains modes de vie. Au sein de cette affaire finalement assez nouvelle, de nombreuses théories sont exposées, parfois avec plus de conviction, assénées comme vérités, que ne peuvent être établies leur certitude.
Il ne sera pas toujours aisé de discerner les vraies théories des fausses, les bons calculs des mauvais. Rapportés à la culture des Hommes, nous ne sommes qu’au début d’un processus au sein duquel les tendances de fond véritablement mesurables seront parfois perdues dans bon nombre d’allégations périssables. Parmi les tendances de fond, déjà à l’origine de l’écologisme scientifique, la question de la démographie revient de manière entêtante comme élément, cette fois certain de notre avenir.
La population mondiale augmentera encore de manière sensible dans les 30 à 40 prochaines années avant de se stabiliser selon toute probabilité et renforcera au passage l’urbanisation mondiale. Depuis l’année dernière en effet, plus de 50 % de l’Humanité vit en ville.
Les urbanistes observent que la ville « croit par échecs ». Ce n’est qu’ensuite qu’elle organise ses flux. D’abord les flux payants (eau, électricité) ; ensuite les plus coûteux (égouts, poubelles). Ce n’est qu’après que l’on régule.
Les sociologues démontrent que les autres services (école, police…) arrivent après la bataille. Cette course en décalé crée une grande situation de fragilité, qui permet le développement, dans des pans entiers de la cité, d’une économie souterraine paradoxalement très voyante, de trafics, de communautarismes dans le meilleur des cas et d’intégrismes dans les moins bons.
L’action caritative pallie tant bien que mal l’absence de l'État.
Cette analyse doit être graduée selon le pays, les institutions en présence, le niveau de richesse, mais le canevas est grosso modo celui-là.
Le problème n’est pas nouveau ; notre civilisation a été créée et diffusée par les grandes cités de l’antiquité : Babylone, Alexandrie, Athènes, Rome… Les écrits antiques parlent tous de la plèbe de ces émigrés, des réfugiés de la famine des campagnes, comme pour Lutèce puis Paris… jusqu’à l’exode actuel des mégapoles d’Amérique latine ou de Chine. Dans le même temps ces villes font l’art, la culture, la politique et l’organisation de la cité et sont les endroits du savoir.
Face à l’importance poussée de certains phénomènes, les milieux les plus éclairés ont proposé avant l’heure de « penser globalement pour agir localement ».
Cette approche a le grand mérite de souligner l’interaction entre tous les problèmes (écosystémie) et à décompartimenter les savoirs (entre les disciplines économiques, sociales et environnementales) et c’est ainsi qu’est née l’idée du développement durable.
L’approche du réseau Chênelet Construction , bien qu’en évidente proximité avec ce courant de pensée qui s’impose à la communauté mondiale, est quelque peu différente et pourrait se résumer, d’une certaine manière à « penser local et agir global ». Notre expérience relève en effet d’une approche plus volontiers incrémentale. En partant du besoin des personnes en difficultés sociales de notre région – besoin de travail, mais aussi de logement ou de nouveaux horizons alimentaires – nous sommes arrivés à considérer que l’écologie n’était pas une contrainte mais une solution, non plus de survie dans des conditions dignes, mais de mieux être pour les populations qui nous intéressent.
Notre originalité a ensuite consisté à associer le besoin de travail, le besoin de logement, les besoins vivriers et la nécessité d’écologie ensemble au sein d’un même projet économique et social, qui n’a pas été sans questionner les normes, les schémas et les mécanismes de mise en doute de bon nombre d’administrations. Il nous a fallu les combattre et élargir les cadres et ceci a constitué à notre niveau les premiers éléments d’un « agir global ».
Notre mode de faire a bien commencé par une approche nouvelle, à nos portes, de la pauvreté et des solidarités, qui a éclairé notre système de gouvernance (la prise en compte de l’économique par les salariés grâce au mode coopératif), orienté l’apport des compétences et des talents (nos cadres inventent sans cesse les process les plus accessibles aux personnes peu qualifiées) et nous a incités à utiliser avant tout les ressources locales disponibles (filières courtes maîtrisables à long terme et intensives en emploi local à la fois facteur clé de succès économique et réponse au caractère incontrôlable de la mondialisation).
En d’autres termes, nous avons pu rapprocher nos moyens économiques des personnes et non l’inverse.
Nous avons pu aussi nous rendre compte par quelques voyages à l’étranger, que d’autres acteurs suivent un processus comparable avec les mêmes avantages au final pour les communautés humaines locales.
Nous pouvons enfin prétendre que la massification de la ville, malgré son actuelle fatalité économique n’est pas une fatalité historique. Ces solutions et approches dont nous parlons sont adaptées à un développement du péri-urbain comme du rural, pour autant qu’une économie permette une vie respectueuse des personnes au sein de ces territoires. Rappelons qu’en l’espèce, il n’y a pas d’enthousiasme, ni aux migrations, ni à l’immigration, mais la fuite, bien souvent, de ce que le territoire d’origine ne permet pas ou plus de vivre.
À l’évidence, il n’y pas de modèle technique universel. Nous n’aurons donc rien ou si peu à nous transmettre en matière de mode constructif mais tant à échanger, à partager, à mutualiser en matière d’organisation, de méthode, de gouvernance... C’est à de nouveaux territoires de coopération et d’entraide mutuelle que nous sommes appelés…
De nouvelles coopérations pour « agir global »
Dans bon nombre de ces régions, nous pouvons compter sur la connaissance « vernaculaire» de l’habitat, notamment à partir des matériaux locaux naturels. Ce savoir faire reste dans l’ensemble dégagé d’un carcan réglementaire dont nous sommes aujourd’hui tributaires dans notre pays. Acquis d’après-guerre, nous savons d’expérience que ce cadre normé s’avère maintenant piégeux et peu propice à libérer des idées neuves profitables aux générations présentes, qui doivent faire face à des nouvelles problématiques aujourd’hui.
De notre côté, nous avons développé une culture humaniste et intellectuelle favorable à l’expression d’une pratique sociétale coopérative, mutualiste et associative dont nous mesurons aujourd’hui toute la richesse pour l’équité et la cohésion sociale. Cette richesse peut être communiquée à d’autres territoires.
Comment et avec qui développer ?
Nous nous adressons en premier lieu aux acteurs dont l’activité principale est la construction d’utilité sociale. En effet ce sens de l’intérêt général est un « moteur » d’innovation très spécifique, en aucune façon une fuite de l’efficacité économique ni technique, mais plutôt une lecture éclairée de l’efficacité. C’est aussi la meilleure façon de ne pas s’égarer dans ce débat doublement piégé de la croissance ou de la décroissance : bien sûr qu’il faut plus d’activités, les besoins des humains augmentent en quantité, mais en qualité ceux-ci sont infinis ! Il faut donc plus d’activités mais bien choisir lesquelles.
La construction n’est pas seulement une affaire de quatre murs mais d’aide à la possibilité de vie des gens qui l’habitent pour que leur mode de vie, leurs liens sociaux, et de solidarité puissent être pris en compte. Nous aurons également à considérer le choix des lieux par rapport à l’activité, la densification, les flux et les besoins de proximité et dans les milieux populaires, de façon plus criante qu’ailleurs, le besoin de petites cultures vivrières.
On objectera que tout le monde peut construire un logement très social, que c’est d’ailleurs le cas actuellement et que nous n’apportons rien de nouveau. C’est vrai, sauf que le but normal d’une entreprise n’est pas l’action sociétale, et même quand elle lui est en partie déléguée, elle consent au sociétal pour servir sa propre finalité. Une façon simple de mesurer cela est le choix de l’affectation du foncier : affectera-t -elle prioritairement un foncier bien situé mais cher à l’utilité sociale ou à une opération plus rentable et plus habituelle? En tout cas, dès que la question se pose, la réponse dérive dans le temps. Nous avons du mettre en place dans nos opérations des vraies garanties pour que nos « excellents logements sociaux écolos » restent sociaux. En cas de doute regardons, qui habite maintenant en nord Europe dans ce qui était à l’origine des éco-quartiers sociaux!
Cela nous amène au deuxième point, la gouvernance. Ce mot lâché doit être abordé frontalement : il n’y a pas d’un coté les méchants efficaces du marché et de l’autre les purs inefficaces. Il y a seulement les bons managers et les moins bons, la frontière est autre part, comme pour les entreprises du paragraphe précédent, au niveau de la finalité : servir cela ou s’en servir?
Nous pensons depuis longtemps qu’il manquait à l’entreprise, et à l’économie (et c’est pour partie une des raisons de la méfiance à son endroit) le droit d’entreprendre pour les finalités que l’on s’était choisi, à pouvoir entreprendre pour autre chose que la construction d’un patrimoine ou de réussite personnels. Aussi avons-nous été impliqués dans les principaux textes de loi sur les entreprises solidaires.
C’est là toute la noblesse de l’entrepreneur, cela réconcilie avec la pensée et avec l’intérêt général et de ce point de vue, avec notre culture associative, coopérative et mutualiste. C’est le modèle que nous voulons partager avec les partenaires que nous voulons avoir.
Ensuite il devient évident que ces logements seront faits avec et pour des personnes qui manquent le plus de ce type de logements. Toute l’intelligence de la démarche sera de monter des « structures apprenantes » à la fois en termes de relations humaines non aidants-aidés mais solidaires, autrement dit, faisant ensemble.
Site web : http://www.chenelet.org/