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Dissonner pour incarner la coalescence et la concaténation : énergie / libido / iniquité

Par Pascal Beateman, maçon, charpentier et membre du RÉSEAU écobâtir
 
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Convoquer nos mémoires d’apprentis du travail vivant semble indispensable en ces temps d’après Grenelle où la confusion des renoncements politiques dispute à l’arrogance des injonctions paradoxales du management nos élans survivants à nos consentements sédimentés.

Au cœur des  préoccupations qui nous rassemblent dans le chaos d’obstacles et de souffrances que nous discernons tant bien que mal palpite l’intuition précaire d’un passage ténu pour s’émanciper de l’intoxication industrielle et de ses corollaires addictifs.

Dans cette immense entreprise de pillage où nos libidos renouvelables s’épuisent à contenter l’avidité vaine des spéculations impitoyables nous témoignons par nos bricolages incertains, audacieux et insignifiants, d’une candeur opiniâtre à lutter pour une métamorphose syntagmatique: nous sortirons de cette économie libidinale par la bienveillance pour une écologie libidinale, ce que Bernard Stiegler annonce comme un horizon de consistances.

Que nous soyons émus par la qualité d’évidences des sobriétés technologiques de Dimitri dans son atelier de menuiserie truffé d’intelligences rusées et de sagesse pratique  signale la légitimité de notre réserve à un consentement addictif aux prescriptions toxiques d’équipements inflatoires : cela vaut pour nous maçons, charpentiers, menuisiers, thermiciens, ingénieurs, architectes à instaurer que notre santé existe ainsi que celle des usagers avant même tout projet de rédemption hygiéniste ou instinctuel.

Le plaisir que nous ressentons à découvrir le superbe manifeste d’Yves Perret traversant les énergies noires des conventions, des réglementations pour nous inviter à nous attacher à la recherche des satisfactions nous confirme la qualité de notre appétence pour les “saveurs” bioclimatiques ,pour les insolences de simplicité et la fulgurance des savoir faire des matériaux indigènes dans les réponses infinies aux sollicitations complexes d’une architecture acceptant d’être située.

Les métiers du bâtiment offrent un espace de dépassement critique et polémique en actes aux impasses pulsionnelles et répressives qui prétendent s’approprier nos viscosités libidinales dans  nos sociétés incontrôlables d’individus désaffectés. Nous faisons l’expérience permanente de consentir au réel dans la cacophonie de nos destructions reconstructions en composant avec les tendances en présence grâce à une culture de métier plutôt qu’en les opposant dans le désarroi agencé par la soumission aux techniques managériales et de marketing: Les matériaux indigènes et leur mise en œuvre sont alors les révélateurs indécents de la supercherie  du populisme et de la consommation exacerbés d’espaces/écrans  par les simulacres technologiques dans la vaste foire d’empoigne au désenchantement. Que pouvons-nous proposer à nos maîtres d’ouvrages engoncés dans leur fétichisme pour les pierres apparentes confronté à l’impériosité  des réseaux et des ambitions de sobriété énergétique ?

Dissimuler les manques constitutifs des virtualités des matériaux référencés pour leur multi-toxicité  en discréditant les qualités complexes des matériaux indigènes nous obligerait à collaborer à cette baisse tendancielle de l’énergie libidinale que nous assignent les  tyrannies de détournements régressifs des marques, des modes, des “assurances”, des “distributeurs”, des “certificateurs”.

Nous avons paradoxalement la capacité de poursuivre cette  confrontation entre plaisir et réalité dans les “ouvrages”, tandis que l’organisation du travail nous invente la sous-traitance et son cortège d’instrumentalisation de l’autre, de duplicité, de déloyauté, de chacun pour soi, de lâcheté et de mutisme. Interroger le détournement de nos élans à bâtir en terre crue ou à couvrir en chaume nous conduit donc à “forger” de nouvelles armes pour repousser les  attentions mécréantes des fabricants d’opacité industrielle qui sévissent dans le marketing, la  réglementation (CSTB…) les pouvoir public (18 filières vertes du Boston consulting group….).

J’en viens à la difficulté de considérer le travail vivant comme possibilité d’expérimenter la congruence, la civilité, jusqu’à la transcendance comme invariant humain qui nous ouvre au beau, au sacré et à l’immense dès lors qu’il est l’occasion d’une coopération consentie délibérément pour redéployer nos subjectivités dans la confrontation au réel.

Pour avoir fait l’expérience de cette “corpspropriation” du monde dans la charpente et la maçonnerie, nous sentons bien que le travail se définit comme ce que nous devons ajouter aux prescriptions pour pouvoir atteindre les objectifs qui nous sont assignés (ce que nous devons ajouter de nous même pour faire face  à ce qui ne marche pas si nous nous en tenons scrupuleusement à l’exécution des prescriptions). Le monde réel résiste et nous réagissons affectivement aux surprises désagréables qui nous irritent, nous déçoivent ou nous découragent. Dans cette intimité avec la précarité des matériaux et des outils se révèlent de nouvelles sensibilités, de nouvelles habiletés, de véritables émotions qui traversent nos corps engagés. C’est bien le zèle des jeunes ruraux pétris dans l’exil de leurs vaillances rustiques corporelles et leur ingéniosité transversale et archaïque qui a permis l’incroyable essor du BTP dans l’après guerre du béton armé et de la méthode PERT.

Pour autant les limites de nos santés mentales semblent désormais se rétrécir avec l’élaboration des méthodes ergonomiques totalitaires en termes de qualités et d’innovations perpétuelles. L’invalidation radicale des modes de productions à forte composante située, lisible, traditionnelle, indigène donne toute latitude à des procédés s’efforçant de multiplier les renoncements au risque de vouloir pallier l’enthousiasme par des excès d’autorité confinant à la soumission, au cynisme lié à l’arrogance du “réalisme économique” et aux multiples pathologies du travail estimées à 4% du PIB.

Réinvestir des pans de cultures constructives évincés par la marche forcée de la productivité a conduit à une désaffection des métiers du bâtiment par les jeunes générations repoussées par l’apparence non travestie de pénibilité de ce secteur d’activité que nous interrogeons. Comme pour les semences et la diversité des variétés dans l’agriculture et l’alimentation, la perte des savoir faire indigènes n’est pas inéluctable, elle ressort d’une homogénéisation historique liée à des intérêts de très court terme qui fait l’impasse sur ce qui anime durablement les métiers sommés de se plier au diktat de l’efficience et de l’urgence.

Ralentir et prolonger les pertinences constructives en ces temps d’intention de sobriété énergétique nous oblige à des partages, des reformulations et des transversalités improbables dans nos sociétés du secret et de l’exclusion étouffées par nos dérisoires vanités à refuser les réciprocités qui nous incombent après des siècles de pillage, de dominance et d’iniquité.

A nous de mobiliser nos incroyables ressources libidinales pour œuvrer à ces coalescences aléatoires qui protègent nos altérités  conniventes dans l’usage jubilant de nos corps engagés à abriter des excès du climat, ensemble, parmi….

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